Echos de la poussière et de la fracturation | portfolio & exposition photo d’Alain Willaume

Le 1er juillet 2013 débutent les Rencontres d’Arles 2013, événement international, annuel et majeur pour tous les amoureux de la photographie. En avant première, Alain Willaume, photographe membre du collectif Tendance Floue, a accepté de partager avec La croisée des routes son portfolio Echos de la poussière et de la fracturation qui y sera présenté.

Dans le cadre du Transition, Social Landscape Project, Alain Willaume a été invité à réfléchir sur les menaces liées aux projets d’exploitation du gaz de schiste par la société Shell dans la région désertique du Karoo en Afrique du Sud.

En écho à ce futur incertain, il invente une métaphore évanescente et interroge un territoire hanté par les soupçons et les angoisses émanant des habitants rencontrés au hasard des pistes. Ses images – dont les riches demi-teintes  ne comportent sciemment ni noirs ni blancs – résonnent des échos d’une menace environnementale d’une actualité brûlante et, ce faisant, chantent la grâce infinie d’un paysage désormais en sursis.

Voir le diaporama sur le site de La croisée des routes.

© Alain Willaume / Tendance Floue

© Alain Willaume / Tendance Floue

Produite dans le cadre des Saison croisées France – Afrique du Sud par les Rencontres d’Arles  et le Market Photo WorkshopTransition, paysages d’une société est une mission photographique d’une ampleur exceptionnelle, menée par six photographes français (Patrick Tourneboeuf, Alain Willaume du collectif Tendance Floue, Raphaël Dallaporta, Harry Gruyaert, Philippe Chancel, Thibaut Cuisset) et six sud-africains (Santu Mofokeng, Pieter Hugo, Zanele Muholi, Cedric Nunn, Jo Ractliffe, Thabiso Sekgala) sur le territoire de l’Afrique du Sud.

Un livre est édité à cette occasion par les éditions Xavier Barral.

Une première version de cette exposition a été présentée cet hiver à Johannesburg.

L’exposition Transition, Paysages d’une société est présentée dans le cadre des Rencontres d’Arles 2013 du 1er juillet au 22 septembre 2013 à Arles.

Voir la captation de la soirée « Transition, paysages d’une société » 
3 juillet 2013 au Théâtre antique à Arles

Entretien (extrait) avec Alain Willaume par Patricia Hayes
Emprunté du livre édité aux éditions Xavier Barral (à paraître)

« Enregistrer le réel tel qu’il est m’intéresse rarement. J’aime le faire dérailler, ouvrir vers d’autres mondes. Introduire le doute. Evoquer.
A l’annonce initiale de ce voyage, menaces environnementales, rêveries astronomiques et désert m’avaient semblé des éléments de scénario prometteur. Mais à la fin de la première journée, quelque quatre cents kilomètres plus tard, le bilan n’était pas brillant ; je n’avais fait que rouler et je n’avais rien vu d’autre qu’un ciel sublime, des clôtures, des pylônes électriques, des troupeaux de moutons et quelques éoliennes, sans rapport aucun avec le sujet qui m’était assigné !
Le soleil d’hiver penchait vers l’horizon. Il était 16h28. Un vent glacé soufflait entre les montagnes tabulaires. Au loin, un 4×4 filait sur une piste perpendiculaire à la mienne ; dans son sillage, un panache de poussière se découpait dans le contre-jour. A l’affut du moindre « évènement visuel », je déclenchai mon appareil.
Puis je ne vis plus rien d’autre jusqu’à l’étape du soir.

Arrivé à la Jupiter Guest House de Sutherland, je déchargeai ma carte-mémoire. Sur la toute dernière séquence d’images, derrière un minuscule véhicule, un long panache de poussière nimbé de lumière s’étirait de gauche à droite dans la composition de l’image. J’ai alors eu un flash (rires) : sur l’écran, je voyais la métaphore quasi parfaite de cette menace dont je voulais rendre compte et qui n’existait pas matériellement.
Je décidai alors que ce nuage allait devenir mon fil rouge ; il deviendrait la parfaite préfiguration de ce paysage en sursis. J’avais retrouvé mes marques.
La mise en coïncidence du réel avec mon imaginaire avait trouvé. sa forme. Et tout se mettait à faire sens : le vent, l’immensité, le vide, la grâce du paysage. Je n’avais plus qu’à suivre ce nuage, ce gaz échappé là, exactement sous la lumière.

PH. Ce serait comme votre combustible.

AW. Oui, un combustible composé de poussière, d’espace et de quelques petites choses en plus.

PH. C’est la trace d’un… mouvement qui serait à peine perceptible dans l’image elle-même.

AW. Oui, soudain c’est l’air qui porte toute l’histoire.

PH. C’est merveilleux.

AW. C’est à la limite de l’invisible et c’est une substance que j’aime interroger.

PH. C’est comme une forme de légèreté qui brouillerait parfois la représentation. Une présence étrange.

AW. Contrairement à la photographie dite documentaire, l’évocation d’un invisible prend ici le pas sur le réel. Mais j’essaie toujours de les faire se rejoindre au détour de la métaphore.
Ce ne fut pas ici la moindre beauté de ce sujet que de voir soudain apparaître, caché parmi toutes les impossibilités matérielles qui la masquaient, l’ombre portée de la catastrophe.
Ces nuages de poussière évanescents devenaient soudain l’incarnation de ce qui hantait ce paysage immaculé. L’irréel aspirait le réel comme un trou noir errant.
D’ailleurs, j’ai appris plus tard que la poussière serait une des premières sources de pollution lors de l’exploitation du gaz de schiste dans le Karoo.
En effet, le besoin en eau (démesuré pour la région) de cette technique nécessitera, entre autres, la construction de nouvelles pistes afin d’acheminer la noria de camions citernes qui approvisionnera la construction et l’exploitation des puits de forage. L’une et l’autre engendreraient de véritables tempêtes de poussière qui pèseront sur l’écosystème fragile de toute une partie de cette région. »

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