Stedelijk Museum d’Amsterdam : Kazimir Malevitch et l’avant-garde russe

Le Stedelijk Museum d’Amsterdam présente une exposition dédiée à K. S. Malevitch et l’avant-garde russe jusqu’au 2 février 2014. Après la grande rétrospective de 1989, cette exposition retrace l’itinéraire du fondateur du suprématisme tout en le dépassant. Plus de 500 œuvres sont réunies autorisant une parfaite mise en perspective de l’avant-garde russe. S’y retrouvent A. M. Rodchenko, O. V. Rozanova, I. G. Chashnik, N. M. Suetin, V. V. Tatline ou bien encore N. A. Udaltsova et L. M. Lissitzky.

Ilya Grigorevich Chashnik  Composition suprématiste, . Oil on canvas. 75,5 cm x 49,5 cm.

Ilya Grigorevich Chashnik
Composition suprématiste. Oil on canvas. 75,5 cm x 49,5 cm.

En gardant à l’esprit trois aspects relatifs à l’avant-garde russe, l’exposition du Stedelijk est plus que remarquable. D’un point de vue de l’art, les perspectives et les projets menés à terme ou non par les artistes représentatifs des différentes tendances de l’avant-garde russe ont indiscutablement modifié notre rapport au monde. En repoussant les limites du territoire de l’art, ils ont déplacé son horizon et son champ perceptif. S’ils avaient peu ou prou été influencés par l’Occident, l’effet boomerang en fut d’autant plus radical. Les premiers, ils ont osé dépasser l’idée de représentation et ainsi libérer le champ des possibles.

Si, à l’Ouest, Dada prônait un tonitruant « Tout est possible », les suprématistes et les constructivistes réinventaient à l’Est, de façon radicale, une manière de voir, de penser et d’agir. C’est sur un axe Saint-Petersbourg-Moscou que se redistribuaient les cartes du renouvellement esthétique, artistique et politique du monde dans ses changements.

K. S. Malevič ca. 1920, Gouache on paper, Louisiana Museum.

K. S. Malevič
ca. 1920, Gouache on paper, Louisiana Museum.

C’est là aussi que l’exposition peut situer l’une de ses dimensions problématiques. Dans la radicalité révolutionnaire qui fait suite à Octobre, la relation art et politique est ambivalente. Engagés ou compagnons de route, promoteurs d’une révolution esthétique et idéologique (Vkhoutemas et Unovis), il est indéniable que le front gauche de l’art fut mis progressivement et irrémédiablement sous tutelle. La mise à l’index des tendances jugées « formalistes » au profit d’un réalisme socialiste interroge et questionne les relations de l’art, du politique et de la société.

En dernier lieu, l’exposition trouve son origine dans les deux collections privées constituées par Georges Costakis et Nikolaï Khardzhiev. Il n’est pas inintéressant de noter qu’un grand nombre de pièces présentées dans le cadre de cette manifestation auraient simplement été perdues sans leur indéfectible curiosité. A noter que cette trajectoire Est-Ouest constitue une réponse inattendue au destin des grandes collections Chtchoukine et Morozov.

En repoussant les limites de la perception et en brisant nombre de conventions esthétiques, Malevitch et son Carré noir sur fond blanc, Tatline et son Monument à la Troisième internationale, Rodchenko et son triptyque Monochrome : rouge, jaune et bleu, labellisé « fin de l’art » devenaient simplement des figures emblématiques d’un nouvel horizon.

The Stedelijk Museum Amsterdam,
Kazimir Malevich and the Russian Avant-garde,
19 Octobre 2013 – 2 Février 2014.
http://www.stedelijk.nl/en/exhibitions/kazimir-malevich-and-the-russian-avant-garde

Gianni Cariani
pour La croisée des routes

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