Archives mensuelles : mars 2014

Kompilasi Komikus : l’Indonésie par la bande

Partir en Indonésie, à l’invitation de plusieurs centres culturels français, participer au festival Komik Cergamboroe, rencontrer des dessinateurs locaux et animer des ateliers. Tel est, sommairement résumé, le projet de la bande dessinée « Kompilasi Komikus [Carnet de résidences] en Indonésie » regroupant les histoires de Sylvain-Moizie, Clément Baloup, Simon Hureau et Joël Alessandra.

 

Loin du bruit et des plages surpeuplées, l’archipel indonésien cache une face authentique et épicée. Sylvain-Moizie, Clément Baloup, Simon Hureau et Joël Alessandra s’y sont perdus, retrouvés et livrent « Kompilasi Komikus » (éd. La boîte à bulles), un ouvrage à la grande variété de style et de médiums où les regards se croisent.

Premier contact avec le foisonnement et la richesse de la bande dessinée indonésienne. Dessin  : Sylvain-Moizie (éd. La boite à bulles)

En songe, l’Indonésie serait un paradis. On y voyagerait en barque de bambou, on poserait un pied dénudé sur un des bancs de terre semés sur l’océan Indien, on y découvrirait des rites colorés, on y croiserait le regard d’habitants en paix. Malgré le souvenir du tsunami ravageur de 2004 et de la dictature de Suharto, c’est ainsi que le touriste, ce grand naïf assoiffé de consommation, se représente son voyage. Un rêve doux.

dessin et photos : Joël Alessandra (éd. La boite à bulles)

En réalité, l’Indonésie est bien plus que la destination exotique que dessinent les brochures grand public, bradant les plages endiablées de Bali. Le cœur de l’archipel est brut et brouillon, ses paysages dont la magie se mérite mettent les sens en émoi. Chaque étape est, en soi, la possibilité d’une rencontre.

A une année d’intervalle, et pendant une dizaine de jours, chacun des dessinateurs a voyagé, seul, peut-être accompagné, en bateau, en moto, en bus, sillonnant une demi-douzaine de lieux sur plusieurs îles (l’Indonésie en compte treize mille, au moins…), remplissant des dizaines de carnets de notes, dessins, croquis et collages, lisant beaucoup et rencontrant beaucoup de monde.
La notion de fragment est inhérente au genre, liée à l’espace de la page et au caractère ponctuel de l’occupation que représente la tenue d’un carnet de voyage. Occupation entrecoupée de déplacements, de rencontres, de visites mais aussi d’échanges fructueux avec les acteurs de la bande dessinée indépendante indonésienne.

dessins : Simon Hureau (éd. La boite à bulles)

Les mobiles des artistes varient à l’instar des destinations : Surabaya et Malang pour Sylvain-Moizie, Bali et Jakarta pour Clément Baloup,  Tanah Lot et Sanur (à Bali) pour Simon Hureau, Yogyakarta et Medan pour Joël Alessandra.

Avec verve et légèreté, les quatre auteurs ont su recueillir dans des styles aussi différents que complémentaires, l’écume de leurs pérégrinations et la vertigineuse mosaïque indonésienne.

Joël Isselé (pour La croisée des routes)

Du vendredi 28 mars au vendredi 4 avril 2014 : retrouvez tous les jours sur le site de La croisée des routes,  un extrait de l’album « Kompilasi Komikus [carnet de résidences] en Indonésie » par Sylvain-Moizie, Clément Baloup, Simon Hureau et Joël Alessandra.
Le livre paraîtra début avril 2014 aux éditions La boîte à bulles.

Quelques dates de rencontres-discussions-dédicaces sont déjà en route :

  • 19 et 20 avril 2014 au Festival Curieux voyageurs, à Saint Étienne, en compagnie de Joël Alessandra et Sylvain-Moizie.
  • 25 avril 2014 à partir de 18h : apéro BD à la bibliothèque de Saint Quentin la Poterie (Gard), en compagnie de Joël Alessandra et Sylvain-Moizie.
  • 26 avril 2014 à partir de 16h : rencontre à la librairie Le chant de la terre de Pont Saint Esprit (Gard) pour un dialogue ouvert avec le public en compagnie de Sylvain-Moizie. Joël Alessandra, lui, sera à la librairie La petite bulle à Lyon.
  • 14 mai 2014  à partir de 16h : dédicace avec Sylvain-Moizie et Simon Hureau au Libr’Air à Obernai.
  • 14 mai 2014 à partir de 19h : rencontre et dédicace avec Sylvain-Moizie et Simon Hureau à la librairie L’usage du monde à Strasbourg
  • 15 mai 2014 à 19h : rencontre et dédicace avec Sylvain-Moizie et Simon Hureau à la librairie Soif de lire à Strasbourg.
    Les rencontres à Strasbourg se font en compagnie des journalistes du site La croisée des routes pour une discussion ouverte.
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Tourisme et lutte contre la pauvreté : lire la revue en ligne « Etudes Caribéennes », n°24-25

Etudes Caribéennes, n°24-25
« Tourisme et lutte contre la pauvreté: approche théorique et études de cas »
Université des Antilles et de la Guyane, CEREGMIA

Dans la dernière édition mise en ligne de la revue Etudes Caribéennes, le n°24-25 (daté avril-août 2013) propose un dossier complet et comprenant diverses approches, consacré à l’épineuse problématique concernant les relations entre tourisme et pauvreté.

Un numéro important pour tenter de démêler les clichés, les fantasmes, mais aussi les recettes toutes faites, qui se cachent derrière l’industrie touristique supposée être, pour certains, la solution « miracle » pour lutter contre la pauvreté. Il n’en est rien, et ce numéro de la revue Etudes Caribéennes décrypte la situation à l’aide d’exemples concrets, tout en montrant la complexité de cette problématique, notamment selon les cas spécifiques étudiés.

Dans l’édito qui ouvre ce passionnant dossier, Olivier Dehoorne, Corina Tatar et Sopheap Theng, précisent que « la répartition des revenus du tourisme, la circulation internationale et la distribution finale des bénéfices doivent être considérées à l’échelle de tous les acteurs locaux, nationaux et internationaux qui interviennent dans le champ du tourisme« . Une réalité  qui, comme certains articles du numéro le montrent clairement, est très rarement vérifiable et même suivie des faits sur les territoires mis en tourisme… Le tourisme ne se laisse pas aisément dompter!

Un numéro à mettre entre toutes les mains des professionnels du tourisme si souvent persuadés du bien-fondé de leurs activités en matière de développement durable. Durable pour qui? Cela reste à préciser, et le sujet à creuser. En tout cas, cette riche livraison d’Etudes Caribéennes contribue à débroussailler un terrain de recherche laissé en friches… car davantage délaissé au profit des développeurs sans scrupules qu’aux analystes minutieux et critiques du système touristique. Mais les premiers ne s’accommodent guère de ces empêcheurs de développer en rond que sont les seconds… Le monde du tourisme n’avance pas non plus toujours très droit. C’est également pourquoi il faut lire ce numéro.

Pour consulter le sommaire et lire tous les articles de ce numéro: cliquez ICI

Tourisme et culture au Groenland, quel avenir ?

Aude Créquy, anthropologue spécialiste du voyage et collaboratrice régulière à La croisée des routes, vient de publier chez L’Harmattan, dans la collection ‘Tourismes & Sociétés » :

IDENTITÉ, TOURISME ET INTERCULTURALITÉ AU GROENLAND
Aude Créquy

« Dans cet ouvrage, l’interculturalité entre hôtes et touristes a été étudiée à Ittoqqortoormiit lorsque les chasseurs deviennent guides et lorsque deux populations distinctes, les chasseurs inuit et les touristes occidentaux, se rencontrent. Le peuple inuit, à travers le tourisme, cherche à promouvoir sa culture et ses valeurs identitaires. Mais que devient l’identité lors d’une telle rencontre ? Quelles images sont véhiculées ? Et que retient-on de l’Autre après un voyage en Arctique ?« 

Un ouvrage à lire impérativement pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent, non seulement aux Inuit et au Groenland, mais aussi aux questions interculturelles, à la mondialisation touristique et au futur de tous les peuples autochtones.

Disponible chez L’Harmattan, collection « Tourismes & Sociétés », parution en février 2014.

Bientôt, à l’université de Grenoble, étudier et analyser le tourisme contemporain sans transiger avec la pensée dominante devient possible !

Ces dernières années, le tourisme est devenu un « champ » universitaire sur lequel il fait bon labourer dans le but d’intégrer, pour les plus fonceurs et prédateurs de ce secteur prometteur, une société libérale soucieuse de gérer des visiteurs, des vacanciers surtout, des voyageurs parfois, afin de mieux les guider sur les sentiers battus et surtout porteurs du tourisme…

Voici cependant une nouvelle manière d’aborder le tourisme – à l’université, ce qui a le mérite d’être relevé, tellement cela devient rare – où l’esprit critique de la touristification du monde en cours trouve toute sa place.

L’idée est d’observer et de réfléchir à un univers touristique global tel qu’il est réellement et non pas tel qu’on aimerait trop souvent qu’il soit. Un beau défi en perspective compte-tenu du difficile contexte actuel. Pour mieux comprendre le tourisme dans son essence, et donc peut-être aussi pour mieux le « développer », autrement bien évidemment… Un autre challenge à relever pour les étudiants et les enseignants qui avancent à contre-courant…

master tourisme innovation transition université grenoble

Cela se passe à l’Université de Grenoble, dans le cadre d’un Master spécialisé sur le tourisme, sous la houlette du géographe Philippe Bourdeau, également contributeur dans L’autre voie n°10 (2014) d’un bel article sur les relations entre tourisme et politique.

La plaquette explicative précise que « le parcours « Tourisme, innovation, transition » du Master 2 Innovation et territoire vous propose une approche critique, réflexive et prospective du champ récréatif. »

N’hésitez pas à consulter plus en détail la plaquette de cette nouvelle formation (Plaquette M2 TIT 2014) et de parler autour de vous de l’ouverture dès la rentrée 2014 de ce parcours « Tourisme innovation transition » du Master 2 Innovation & territoire (Université Grenoble-Alpes). Et bonne chance à cette nécessaire initiative, aussi bienvenue que fondamentale.

Contact : philippe.bourdeau@ujf-grenoble.fr
Candidature en ligne : http://www.ujf-grenoble.fr/formation/candidatures-et-inscriptions

A télécharger: Plaquette M2 TIT 2014

Cygne d’étang chilien, signe des temps anciens : la fin du monde est proche !

« La Patagonie, la Terre de Feu, les confins du Bout du Monde sont en danger. Une vision irrationnelle du progrès et le développement intensif, auxquels s’ajoute un tourisme irrespectueux, font de ces territoires extrêmes des lieux condamnés.
Tandis que nous volons au-dessus de la bahía Inutíl, Victor me dit : « Dans un avenir proche, en arrivant aux abords du Perito Moreno, les touristes pourront lire : ici il y avait un glacier. »
Luis Sepulveda, Histoires d’ici et d’ailleurs

Ce court extrait tiré d’un roman de l’écrivain chilien Luis Sepulveda remet un peu d’ordre dans les idées. Il devrait être lu publiquement par les guides patagons lorsque les touristes internationaux, arrivés à grands frais sur un bateau de croisière, mettent un peu de « glace millénaire » (un leurre typique pour amuser les visiteurs !) dans leur whisky – sorte de rite touristique qui fonctionne toujours – pendant que les croisiéristes photographient frénétiquement les derniers grands glaciers de la Patagonie sauvage… Difficile cependant, et de picoler et de mitrailler en même temps.

Au pied du glacier Leones, en Patagonie chilienne, la preuve du réchauffement climatique n’est plus à faire. Elle est même l’affaire de tous. Comme semble l’illustrer cette image de la fin d’un monde et du bout d’un fjord. On y aperçoit un cygne de glace, figé dans le temps, fixé pour la photo. Ce cygne faussement rescapé des temps glaciaires paraît en fait bloqué dans son élan à l’instar d’un ultime mais vain signe de résistance au changement climatique.

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Ce changement, aussi ingérable qu’irrémédiable, s’avère surtout désastreux pour la nature, mais aussi pour les habitants qui usent et abusent à satiété de cette dernière. En effet, la nature a perdu la bataille contre la culture. Désormais, la première se préserve tandis que la seconde se déverse. La conservation d’un côté, la culture en boîte de l’autre. L’âge de glace sur grand écran dans un salon climatisé remplace ainsi la glace qui finit de fondre sur les derniers écrins de nature préservée. Indoor contre outdoor, écrans contre écrins. La révolution numérique rend la lutte trop inégale. Et aucun « printemps arabe » du moment ne pourra contrer la chaleur étouffante à venir d’un monde condamné qui n’aura rien d’un été indien.

Voici venu le sale temps sur le lac des cygnes en Patagonie. Un dernier paradis, bientôt perdu, pour les rares visiteurs de ce temps déjà révolu. La fonte avance, la glace recule. On s’émeut devant ce paradis qui se meurt en grande partie par la faute des hommes, des humains pas assez humains, trop pressés de consommer, sans doute aussi trop sommés d’être cons…

Tellement sonnés par les coups de soleil qu’ils n’entendent plus le cri d’alarme de la Terre en danger, cette Pachamama en sursis jadis vénérée par des peuples pour la plupart massacrés depuis. Notre civilisation développée ne peut en vouloir à la terre entière, mais seulement à elle-même et à son modèle qui, tous les jours, rend l’immondialisation plus dure à supporter pour nous autres, survivants impuissants d’un monde déjà fini, déjà passé, déjà dépassé.

Pour d’aucuns, il est sans doute normal que ce bout du monde qu’est la Patagonie soit ainsi près de la « fin » du monde. Un monde sans hommes, sans avenir ? Ou un monde sans barrages et sans capitalisme ? Car les jeux ne sont pas faits : une autre fin du monde est possible. Ce n’est pas un fait, mais un devoir.

C’est aussi un devoir de mémoire pour tous ceux (les Kaweskar en particulier) qui, dans ce beau coin oublié de la planète, ont été dans l’indifférence quasi générale génocidés au fil du temps. A l’échelle du temps long, la nature saccagée ne fait in fine que rejoindre la culture ethnocidée…

Franck Michel (pour La croisée des routes)

Autres articles à lire sur le blog et le site de « La croisée des routes » :
1. Tortel, étape amicale au bout du monde
2. La croisée des routes à La Junta, sur la Carretera Austral, en Patagonie chilienne
3. La Patagonie chilienne à la croisée des chemins. Barrages hydroélectriques ou tourisme, quel choix pour la région de Aysén ? par Fabien Bourlon et Patricio Segura