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Hommage à l’historien Jacques Le Goff

C’était à l’automne 1995, alors que la sortie de sa biographie sur le bon roi Saint-Louis était imminente (1996, Gallimard), Jacques Le Goff nous recevait dans son bureau de l’EHESS à Paris. Avec sa belle ouverture d’esprit et sa grande générosité, il avait évoqué avec nous les épineuses questions de guerre et de paix, à l’époque médiévale évidemment mais pas seulement, dans le cadre d’un dossier que nous préparions pour la revue Histoire & Anthropologie (n°12, 1er semestre 1996). Le Rwanda et les Balkans étaient encore, dans les esprits en tout cas, à feu et à sang. Et, fin 1995, l’Apocalypse, si présente dans les tranchées de 14-18 que visible/visitable sur les écrans télévisés en 2014, était d’actualité à cette époque autour des grands lacs africains ou au cœur d’une Bosnie assassinée. Les leçons de l’histoire servent-elles à quelque chose ? Le Moyen-Orient, durablement, l’Ukraine, récemment, et tant d’autres contrées menacées ou en proie à des conflits, prouvent que le présent table encore sur le passé. Difficile dans ce contexte d’en faire table rase… D’où l’urgence de mieux interroger et plus encore comprendre l’histoire.

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A travers son œuvre, Jacques Le Goff a montré, entre autre, la modernité saisissante du Moyen Age européen, les liens intrinsèques entre histoire et anthropologie, il a repensé la notion de purgatoire tout comme analysé la vie des grands hommes de l’époque médiévale à l’aune des réalités économiques, sociales et culturelles. Il fallait – et il l’a bien fait – dépasser la seule histoire politique qui forcément « bataille » trop facilement autour des questions nationales… Partisan d’un « long Moyen Age », qui irait du Ve siècle jusqu’au XVIIIe siècle, il a notamment révolutionné le regard sur cette période qui avec lui sort enfin des ténèbres. Nombre d’historiens ouverts sur le vaste monde, qu’il s’agisse de celui hérité de l’école des Annales, de Bloch à Braudel, ou de celui plus actuel, complexe et mondialisé qui s’offre à nous, doivent beaucoup à Jacques le Goff.
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Lui qui a profondément changé notre rapport à l’histoire, qui croyait au Moyen Age – et à une certaine idée de la gauche – et qui a si bien mixé l’histoire avec l’anthropologie, s’est éteint le 1er avril 2014, à l’âge de 90 ans. Il laisse derrière lui une œuvre majeure, de la parution en 1957 de son livre Les intellectuels au Moyen Age (Seuil) jusqu’à son ultime opus sorti en ce début d’année 2014, Pourquoi découper l’histoire en tranches ? (Seuil). Chapeau !

FM

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Jean Malaurie : entretien pour « La croisée des routes » | nouvelle version augmentée

Souvent les Inuit m’ont dit : « Malaurie est jeune, il ne sait même pas qui il est. On va le lui apprendre. Mais on va aussi lui apprendre qui nous sommes. »

Jean Malaurie a 28 ans lorsqu’il atteint la première fois les côtes groenlandaises le 3 juin 1948, c’était il y a très exactement 65 ans, quasiment au jour près. Pour l’anthropogéographe comme pour les Inuit, le sens de l’hospitalité n’est pas un vain mot. Il n’a eu de cesse, tout au long de ses années de recherches et de combats, avec une détermination sans faille qui inspire profondément le respect, de valoriser ces peuples « racines ». Des populations qui ne sont pas en arrière de l’histoire mais « en réserve » pour nous préserver en quelque sorte du pire et d’abord de notre prétention occidentale à vouloir dominer le monde en oubliant les lois sacrées d’équilibre de la nature.

Invité fin mai 2013 à Strasbourg, dans le cadre du festival Cultures de Paix – deux mots, « culture » et « paix », qui résonnent particulièrement forts aux yeux de Jean Malaurie –, l’anthropologue a également souhaité lancer un appel solennel à la Communauté internationale – et tout spécialement russe et européenne – pour aider les populations autochtones du Grand Nord et protéger la zone arctique des fortes ingérences économiques et géopolitiques de notre époque.

Lire la nouvelle version (augmentée) de l’entretien avec Jean Malaurie.
Réalisée par Franck Michel et Aude Créquy pour « La croisée des routes ».

Généalogie des Inuit, réalisée par Jean Malaurie en 1950.

Généalogie des Inuit, réalisée par Jean Malaurie en 1950.

Toute ma vie j’ai été défenseur des minorités, qu’elles soient ethniques ou intellectuelles. Un anthropologue, par nature, représente en soi une minorité intellectuelle en faisant face à la vulgate politique et économique. J’ai créé « Terre Humaine », contre.

Il appartient à l’homme de protéger son patrimoine qui est multiculturel. La mondialisation est un malheur absolu et c’est alors que l’on peut s’interroger sur le colonialisme et le développement.

(extraits de l’entretien avec Jean Malaurie | La croisée des routes)

La croisée des routes avec Hemingway au Cambodge…

A vélo ou à moto, c’est selon, petite virée à la croisée des chemins cambodgiens. Un bel et sympathique éloge des routes, des deux-roues, des chemins de traverse… et de la déroute !

« Aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation » – Ernest Hemingway

photo : Franck Michel

photo : Franck Michel