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La croisée des routes | rencontre #1 avec Georges Bogey et Lionel Bedin | mardi 7 mai 2013

photo : alain walther

photo : alain walther

La littérature de voyage était au cœur de cette première rencontre à La croisée des routes, mardi 7 mai à Strasbourg. Deux invités, Georges Bogey et Lionel Bedin, réunis sur la terrasse ensoleillée du café des Savons d’Hélène, nous ont conviés à une balade revigorante, des montagnes des Alpes aux confins de l’Asie, entre prose et poésie.

Nicolas Bouvier avait l’habitude de dire que «la prose est une visite qu’on rend aux mots, et la poésie, une visite qu’on reçoit des mots».

Un public attentif, pour le promeneur des Aravis et l’éditeur des Livres du monde, aux frontières entre le dehors et le dedans. Une autre friction si chère à l’auteur de «L’usage du monde».

Un beau moment de partage… avant de reprendre la route.

www.croiseedesroutes.com

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«Entre parole et silence. Haïkus» de Georges Bogey. Calligraphies : Eiji Kikuchi

« Perdu dans la brume

la fumée du feu qu’on sent

nous montre la voie »

Extrait de «Entre parole et silence. Haïkus» de Georges Bogey (éditions l’Astronome). Calligraphies : Eiji Kikuchi

Lire un extrait du recueil (PDF)

Le haïku n’exprime aucune pensée, aucun sentiment. Il n’interprète pas, il révèle. La valeur poétique du haïku se tient autant dans ce qu’il dit que dans ce qu’il tait. Il appréhende la forêt autant par les arbres qui la composent que par les lacis des espaces entre eux, la terre autant par sa matière grumeleuse que par les entrelacs des vaisseaux qui permettent la circulation de l’air et de l’eau en elle.

Ne taisant rien de ce qu’il dit, ne cachant rien de ce qu’il montre, le haïku laisse néanmoins au lecteur le soin de percevoir ce qui ne• 60 • peut être montré, de lire ce qui ne peut être écrit. Paradoxalement, c’est parce qu’il ne dit que ce qu’il perçoit de ce qui est et de ce qu’il y a, que le haïku embrasse la totalité de ce qui est et de ce qu’il y a, et qu’en définitive, il nous enracine au cœur même de la vie. Disant l’Un, il dit le Tout.

Chacun sait bien que ce qui est et ce qu’il y a, jamais ne se révèlent en totalité, jamais ne peuvent être ni étreints ni même atteints, ou alors, comme on étreint un mirage ou atteint un horizon. Chacun sait bien, en définitive, que la réalité est invisible et la vérité indicible.

Cet espace intangible, sans espoir ni fin, est celui de toute recherche poétique. Le haïku, vérité d’une parole qui se livre accepte d’être délivré de son vœu de silence pour un autre silence.

Que la parole soit vaine et le silence stérile ou que la parole soit féconde et la parole fertile, le haïku se situe toujours entre la parole et le silence.

(Georges Bogey)

Rappel : Georges Bogey sera l’invité de “La croisée des routes”, au côté de Lionel Bedin, mardi 7 mai 2013 à 17h au Café “Les savons d’Hélène” à Strasbourg.