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Jean Malaurie : entretien pour « La croisée des routes » | nouvelle version augmentée

Souvent les Inuit m’ont dit : « Malaurie est jeune, il ne sait même pas qui il est. On va le lui apprendre. Mais on va aussi lui apprendre qui nous sommes. »

Jean Malaurie a 28 ans lorsqu’il atteint la première fois les côtes groenlandaises le 3 juin 1948, c’était il y a très exactement 65 ans, quasiment au jour près. Pour l’anthropogéographe comme pour les Inuit, le sens de l’hospitalité n’est pas un vain mot. Il n’a eu de cesse, tout au long de ses années de recherches et de combats, avec une détermination sans faille qui inspire profondément le respect, de valoriser ces peuples « racines ». Des populations qui ne sont pas en arrière de l’histoire mais « en réserve » pour nous préserver en quelque sorte du pire et d’abord de notre prétention occidentale à vouloir dominer le monde en oubliant les lois sacrées d’équilibre de la nature.

Invité fin mai 2013 à Strasbourg, dans le cadre du festival Cultures de Paix – deux mots, « culture » et « paix », qui résonnent particulièrement forts aux yeux de Jean Malaurie –, l’anthropologue a également souhaité lancer un appel solennel à la Communauté internationale – et tout spécialement russe et européenne – pour aider les populations autochtones du Grand Nord et protéger la zone arctique des fortes ingérences économiques et géopolitiques de notre époque.

Lire la nouvelle version (augmentée) de l’entretien avec Jean Malaurie.
Réalisée par Franck Michel et Aude Créquy pour « La croisée des routes ».

Généalogie des Inuit, réalisée par Jean Malaurie en 1950.

Généalogie des Inuit, réalisée par Jean Malaurie en 1950.

Toute ma vie j’ai été défenseur des minorités, qu’elles soient ethniques ou intellectuelles. Un anthropologue, par nature, représente en soi une minorité intellectuelle en faisant face à la vulgate politique et économique. J’ai créé « Terre Humaine », contre.

Il appartient à l’homme de protéger son patrimoine qui est multiculturel. La mondialisation est un malheur absolu et c’est alors que l’on peut s’interroger sur le colonialisme et le développement.

(extraits de l’entretien avec Jean Malaurie | La croisée des routes)

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Les Inuit m’ont changé, pas instruit, mais transformé. | Jean Malaurie : entretien pour La croisée des routes

“Tout le monde ressent que nous sommes dans une impasse. Les Inuit, comme d’autres peuples « racines », le sentent et veulent apporter leur pierre pour contribuer à une prise de conscience collective.” (Jean Malaurie, extrait de l’entretien)

Anthropogéographe et écrivain, fondateur et directeur de la prestigieuse collection « Terre Humaine », interprète et défendeur des peuples arctiques depuis plus de six décennies, Jean Malaurie est venu à Strasbourg à l’invitation du festival “Culture de Paix” les 23 et 24 mai 2013, pour recevoir la Médaille de la ville de Strasbourg et lancer un appel depuis la tribune du Conseil de l’Europe. La cité rhénane et néanmoins capitale européenne a tenu à honorer le parcours exemplaire de celui que Michel Le Bris a qualifié, dans son Dictionnaire amoureux des explorateurs, comme étant « le dernier des géants ».

Lire l’entretien intégral avec Jean Malaurie pour “La croisée des routes” réalisé par Aude Créquy et Franck Michel le 24 mai 2013 ici

“L’éboulement, c’est les pierres qui tombent les unes sur les autres en désordre. J’ai voulu m’affronter à ce problème : le désordre. C’est là que je découvre l’ordre, c’est-à-dire que la nature ne supporte pas le désordre, elle veut l’ordre. J’ai ainsi mis en valeur un écosystème qui s’appelle l’éboulis. Je suis un très grand spécialiste de l’éboulologie. C’est moi qui l’ai créé ce domaine. Je suis un éboulologue !” (Jean Malaurie, extrait de l’entretien)

Remise de la Médaille d’honneur de la Ville de Strasbourg à Jean Malaurie par Roland Ries, maire.

Remise de la Médaille d’honneur de la Ville de Strasbourg à Jean Malaurie par Roland Ries, maire.

“Les Inuit nous prennent pour des cinglés et pour des êtres en train de détruire la nature. Eux composent avec elle.” (Jean Malaurie, extrait de l’entretien)

“Je me suis posé la question  « à quoi sert l’intelligence ? ». Si l’intelligence n’est pas au service d’une action, n’essayez pas de la mettre dans des écrits. Les écrits ont un rôle, une fonction. On n’écrit pas n’importe quoi, ou dans ce cas, il vaut mieux faire autre chose ! Personne n’est condamné à écrire des livres.” (Jean Malaurie, extrait de l’entretien)

Festival Cultures de Paix | Jeudi 23 mai 2013 à 20h30 | Salle de l’Aubette à Strasbourg (entrée libre) | Soirée hommage à Jean Malaurie !

JeanMalaurie

Lire l’entretien de Jean Malaurie dans “La croisée des routes” : http://www.croiseedesroutes.com/#!jean-malaurie/c1k02

Il y a des personnalités uniques, des hommes qui forcent le destin en imposant des pensées et des actions hors des sentiers tout tracés.

Jean Malaurie est de ceux-là. Penseur férocement indépendant, il a bouleversé, tant par ses recherches scientifiques que par son projet éditorial de la désormais célèbre collection “Terre Humaine” (éditions Plon), la façon de considérer la diversité des terres et des peuples.

Il est aujourd’hui Ambassadeur de bonne volonté à l’Unesco pour les régions arctiques (domaines des sciences et de la culture).

Figure de proue de la recherche polaire française avec une oeuvre scientifique considérable, il vient d’être qualifié par Michel Le Bris, dans son “Dictionnaire amoureux des explorateurs”, de “dernier des géants”.

Une soirée conviviale et dînatoire pour honorer son parcours scientifique, défenseur de la cause des peuples du grand Nord, cette soirée hommage réunira de nombreux participants, témoins comme Dominique Sewane, auteur dans la collection “Terre Humaine”, Giulia Bogliolo Bruna, biographe, Marc Rochette responsable du département ethnographique et ethnologique de la BNF et le consul de Russie à Strasbourg.