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« Ich bin ein Pingouin » ! A propos du livre « Les pingouins de Sinandaz » de Georges Bogey

Enfin une nouvelle qui soit bonne ! Georges Bogey, après un détour humaniste aux lointaines Philippines, revient sur ses terres, lovées en Haute-Savoie, pour nous livrer une histoire altruiste à dormir debout. Une fable sur l’indispensable ouverture au monde pour vivre debout, comme de bons fous et pour refuser de vivre à genoux. Un recours au local pour mieux appréhender le global.

Et même si le doux nom de Sinandaz sonne comme celui d’une cité perdue mais inévitablement magique d’Asie centrale, cette nouvelle décrit la bataille jamais interrompue qui oppose deux camps qu’on imagine un peu trop vite inconciliables à tout jamais : les Allumés et les Blafards, les premiers réinventent le monde en permanence pour tenter de le rendre plus vivable tandis que les seconds s’échinent à le transformer durable et terrible boucherie où l’animalité primerait sur l’humanité.

Les empêcheurs de tourner en rond, ici deux malins pingouins – Ipso & Facto –,  échoués on ne sait comment au cœur des Aravis, eux qui sont pourtant loin d’être manchots, réinsufflent du bon cœur mais aussi du doute salvateur dans l’esprit de la communauté rurale. De quoi effrayer tous les Blafards vautrés dans leurs confortables certitudes, et soudain bousculés par deux étranges volatiles marins, endimanchés (cravatés comme des pingouins) et étrangers de surcroît.

Car, si le lieu est franchement savoyard, et que les Allumés et les Blafards ensemble peuplent ou plutôt partagent le même territoire, il demeure que les premiers nomment le divin (mille) lieu sur la Terre « le village » et les seconds « la station ». Si les Blafards sont en effet des commerçants dans l’âme, les Allumés sont pour leur part les gardiens de l’âme du village. Les gardiens aussi de l’esprit du temps qui passe contre le temps qui défile aussi vite que d’autres filent sur les pistes de ski… Car le tourisme et le sport sont les nerfs de la guerre.

Certes, et Ipso & facto sont ici les invités qui nous le rappellent à chaque tour de piste et au détour de chaque page, il n’est jamais évident de faire se rencontrer – en pensées, en actions, et même autour d’un verre de pinard et d’un reblochon – des poètes et des épiciers, des illuminés et des coincés, des flâneurs et des gagneurs, des hôtes et des touristes, des littérateurs et des économistes…

On l’aura compris, amie lectrice et ami lecteur, ce n’est pas ici que vous allez découvrir le récit fantastique dans tous les sens du terme de la pétillante collégienne Kypris. Sans elle pas de pingouins et inversement. Les pingouins de Sinandaz, c’est également un peu La politique expliquée aux nuls… pour essayer de changer le cours des choses, réveiller les consciences et donner un peu d’espoir à celles et ceux, petits et grands, qui n’ont jamais cessé de rêver, ni même de gambader ou de gamberger.

Nos deux amis pingouins dévoilent un monde enfoui, nié, replié, oublié, à l’image de La Hyène, cet incompris qui finalement sortira des bois, ou de Tarik, lui aussi un « étrange étranger », venu spécialement dans le coin pour rechercher ses deux compagnons de route palmipèdes… Enfin, Kypris, adolescente au fort potentiel qui, grâce à la fréquentation aussi affective qu’assidue d’Ipso & Facto, mais aussi de celle des livres et de la curiosité, grandit dans le meilleur sens qui soit ! Celui de la décence. Alors, lorsque Kypris décrit ses vacances pour les besoins d’un devoir scolaire, elle lâche : « Sur les vagues veloutées du ciel, portées par un vent ample et généreux, des visiteurs sont venus qui ont fait bouger nos regards sur les choses. Sans un seul mot, ils nous ont dit le monde et, ipso facto, le monde nous l’avons compris autrement ».

Il fallait ce voyage imprévu de deux pingouins en Haute-Savoie pour comprendre tous les bienfaits de l’altérité, et il fallait le regard perspicace de Kypris pour nous indiquer la voie d’une sagesse universelle qui n’a pas d’âge. C’est là l’une des différences notoires entre une belle sagesse et un bon whisky. Mais ne nous égarons pas. La rencontre avec les autres restera fidèlement le meilleur antidote contre tous ceux qui sèment la mort parce qu’ils ont oublié comment s’aimer. L’amour a partie liée avec la mort lorsque la première n’a plus lieu d’être.

Les mots ont un sens, ce que Kypris – joliment épaulée par Georges Bogey au meilleur de sa forme – semble avoir bien compris. Contrairement aux oiseaux de malheur – si éloignés de nos sympathiques figures de pingouins – pour qui le monde n’est que dérèglement des sens dans un mauvais sens qui n’a plus rien de rimbaldien. Georges Bogey, lui, poursuit sa bienheureuse quête de mots, d’abord pour juguler l’avis du peuple mal avisé qui peuple les Aravis, ensuite pour contribuer à recomposer le puzzle de la vie de tous ceux qui méditent autour des belles leçons des philosophes pingouins. Les Allumés finiront un jour, c’est dit si ce n’est pas déjà écrit, par prendre le dessus sur les Blafards. Ce jour se fait attendre, mais d’aucuns vendront la mèche et le temps du cafard aura vécu.

Si, au tout début des années soixante, Kennedy avait fait un saut dans les Aravis avant de se rendre aux abords du mur de Berlin dont la lugubre construction venait tout juste de s’achever, il se serait sans doute écrié : « Ich bin ein Pingouin ». Le sort de Berlin en aurait sans doute été changé !

Demain, le désormais célèbre couple de pingouins des Aravis – même rapatrié dans des contrées plus hostiles et glacées – pourrait bien concurrencer la mal entendue colombe de la Paix ! Cette dernière trône et rôde mais elle ne fait plus que sourire salement ceux qui violent son message. Un prix Nobel de la meilleure plume pourrait aussi voir le jour… Voilà ! Sans surprise, la nouvelle ici simplement évoquée ne vous aura pas été dévoilée, à vous d’y plonger tête baissée, de la trouver et d’essayer de constamment la rendre meilleure. Si toutefois vous la dénichez en si bon chemin. Une bonne nouvelle, par les temps qui courent, n’arrive pas tellement souvent…

F. M.

Novembre 2013

« Les pingouins de Sinandaz » de Georges Bogey. Paru aux éditions Livres du monde, octobre 2013. Lire les deux premiers chapitres, ici.

Lire les chroniques de « La bibliothèque voyageuse » de Georges Bogey sur le site de « La croisée des routes », ici

 

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« Du voyage et des hommes » de Franck Michel vient de paraître

« Le voyage commence là où s’arrêtent nos certitudes. » – Franck Michel

À quoi cela sert-il de courir le monde, surtout si c’est pour le parcourir de la même façon qu’on se rend au travail ou à un dîner en ville ? Le voyage n’est-il pas l’opportunité tant attendue de se préparer à l’inattendu et à lui octroyer une place de choix si d’aventure il se trouvait sur notre chemin ?

Qu’il nous soit permis ici une parenthèse d’autopromotion. Le temps de vous annoncer la parution récente aux éditions Livres du monde du livre « Du voyage et des hommes » de Franck Michel, anthropologue, auteur de livres sur les thèmes du voyage, du tourisme, du nomadisme et de la route, ainsi que sur les cultures asiatiques, et par ailleurs, co-fondateur et l’un des piliers de La croisée des routes.

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Feuilleter les premières pages du livre, ici

« En espérant qu’à la lecture de ces pages sur l’ailleurs et sur le désir qui nous y guide, toutes et tous s’y retrouveront quelque part et, peut-être, y verront comme une invitation au voyage, un voyage qui soit tout à la fois authentique et passionnel, riche et imprévu. Une découverte qui côtoie inévitablement l’inconnu, passage obligé pour quitter l’univers de la peur, si savamment entretenu par nos médias et nos dirigeants, qui tend à gangréner nos existences actuelles, et pour construire d’indispensables ponts qui relient les hommes et les cultures. Car l’initiation au voyage emprunte toujours d’étranges chemins de traverse qui ne ressemblent en rien à une voie toute tracée. Sans quoi le pas vers l’autre ne se résumerait qu’à une banale mascarade où se dévoilerait, hélas, notre incapacité si grande à comprendre nos « non semblables ». Ici même ou là-bas, chez nous comme chez eux, chez tout le monde en définitive.

Le voyage commence une fois fermée la porte de son appartement, une fois franchi le seuil qui ouvre sur le fameux et prometteur « Dehors », qu’il soit grand ou petit. Le voyage dans le monde, comme le paradis sur terre s’il en est, nécessite finalement autant sinon plus d’efforts de soi que de droits sur les autres, de volonté et d’envie de saisir le réel environnant que de désirs et de besoins de plaisirs faciles, trop rassurants et trop confortables. Fruit d’un long cheminement qui ne se réduit pas seulement à une addition kilométrique, le voyage, parce qu’il reflète la vie et se montre exigeant, se cherche, se dissimule, se laisse désirer, et dériver, puis surtout, il se mérite, tout en se suffisant à lui-même. » – Franck Michel

4ème de couverture :
Dans cet essai d’anthropologie des voyages, Franck Michel rassemble 25 années de travaux et propose 20 chapitres très documentés et actualisés sur ses thèmes de prédilection : les rites, les mythes, l’Asie, le tourisme, les écrits du voyage, l’aventure, l’écologie, l’exotisme, l’ailleurs, l’autre, la culture, la liberté… Avec pertinence, intelligence et humour, il pose aussi des questions qui intéressent tous les voyageurs – et les voyageuses – que nous sommes. Du voyage et des hommes est une somme sur le voyage, de ses traditions à ses mutations les plus récentes.

Franck Michel est anthropologue. Il partage sa vie entre la France et l’Indonésie. Il travaille et écrit sur les thèmes du voyage, du tourisme, du nomadisme et de la route, ainsi que sur les cultures asiatiques. Il est l’auteur, notamment, de « Routes. Éloge de l’autonomadie. Une anthropologie du voyage, du nomadisme et de l’autonomie » (2009) et de « Voyages pluriels. Échanges et mélanges » (2011).

La croisée des routes | rencontre #1 avec Georges Bogey et Lionel Bedin | mardi 7 mai 2013

photo : alain walther

photo : alain walther

La littérature de voyage était au cœur de cette première rencontre à La croisée des routes, mardi 7 mai à Strasbourg. Deux invités, Georges Bogey et Lionel Bedin, réunis sur la terrasse ensoleillée du café des Savons d’Hélène, nous ont conviés à une balade revigorante, des montagnes des Alpes aux confins de l’Asie, entre prose et poésie.

Nicolas Bouvier avait l’habitude de dire que «la prose est une visite qu’on rend aux mots, et la poésie, une visite qu’on reçoit des mots».

Un public attentif, pour le promeneur des Aravis et l’éditeur des Livres du monde, aux frontières entre le dehors et le dedans. Une autre friction si chère à l’auteur de «L’usage du monde».

Un beau moment de partage… avant de reprendre la route.

www.croiseedesroutes.com

Georges Bogey, le promeneur des Aravis

« Je marche pour écrire. Mes mots ce sont mes pas. 

– Vous écrivez dehors, comme ça, en marchant ? 

– Oui, si on veut … j’observe les choses, les gens, tout ce qui se passe. Après je mets tout ça sur papier. »

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Dans Le promeneur des Aravis Georges Bogey dit le cheval, la fourmi, l’orage, le tas de haricots à équeuter, les lieux, les chemins, la montagne, le torrent, les saisons, l’enfance, les gens. Car, lorsque les choses existent sans être dites, c’est que l’humanité et la poésie sont absentes.

Emboitons son pas, et partons en « promenade » avec lui, entre poésie et philosophie, humour et gravité, mémoire et présent. Et si ces « récits vagabonds », succession de faits, d’impressions, de sensations, de souvenirs, se déroulent dans le massif des Aravis, c’est parce que l’auteur y vit et le parcourt chaque jour. Mais, comme il le fait en lisant d’autres «promeneurs » (Bashô, Walser … ), le lecteur pourra aisément, à la lecture de ces textes, voyager en d’autres lieux.

Georges Bogey vit en Haute-Savoie. Il est l’auteur d’une douzaine de livres dans des genres variés : théâtre, contes illustrés pour enfants, recueils de haikus, témoignage sur le Cambodge. Son écriture se nourrit de ses lectures, du réel observé et de ses rencontres

Nous vous convions cordialement à participer au premier rendez-vous à La croisée des routes, mardi 7 mai à 17h au café Les savons d’Hélène à Strasbourg (entrée libre).

Georges Bogey sera accompagné par Lionel Bedin, éditeur et auteur de Un livre dans le sac à dos et co-auteur de Sur la route bleue avec Sylvain Tesson.

Avec sa maison d’édition Livres du monde Lionel Bedin construit patiemment une bibliothèque idéale de voyage. La littérature de voyage a pour ambition de décrire le monde, ses lieux, ses habitants, ses moeurs, ses cultures, mais aussi de parler de l’intime, de l’auteur, de soi. Tous les voyages sont différents.

Georges Bogey, écrivain, invité de la première rencontre à La croisée des routes

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GeorgesBogey-maisoncaméléons“A ceux qui, narquois ou éplorés, me disent que je veux déplacer les montagnes, je réponds que, si tout homme de bonne volonté déplaçait une ou deux poignées de cailloux, les sommets de la misère auraient du souci à se faire.”  (Georges Bogey, extrait de La maison des caméléons, éd. Livres du monde.)

Ecrivain, infatigable promeneur dans les Alpes et voyageur immobile curieux des cultures asiatiques, Georges Bogey la connaît bien. Choisissant toujours les routes et chemins qui le mènent au plus près des hommes et des femmes qui se tiennent debout. Que ce soit en Haute-Savoie où il vit, ou son intérêt pour le Cambodge, le Japon ou les Philippines.

La Maison des Caméléons, le nouveau récit de Georges Bogey qui vient de paraître, commence dans une “montagne fumante” des Philippines. Il raconte l’enfance maltraitée, la misère, mais aussi l’espoir, le don, les initiatives de personnes qui agissent envers et contre tout.

Ce récit est notamment un hommage à l’association humanitaire Caméléon et à son travail aux Philippines. (www.cameleon-association.org)

Nous vous convions cordialement à participer au premier rendez-vous à La croisée des routes, mardi 7 mai à 17h au café Les savons d’Hélène à Strasbourg (entrée libre).

Georges Bogey sera accompagné par Lionel Bedin, éditeur et auteurde Un livre dans le sac à dos et co-auteur de Sur la route bleue avec Sylvain Tesson.

Avec sa maison d’édition Livres du monde Lionel Bedin construit patiemment une bibliothèque idéale de voyage. La littérature de voyage a pour ambition de décrire le monde, ses lieux, ses habitants, ses moeurs, ses cultures, mais aussi de parler de l’intime, de l’auteur, de soi. Tous les voyages sont différents.

Lionel Bedin éditeur et auteur, notamment, d’Un livre dans le sac à dos. 70 livres pour voyager

Lionel Bedin croisée routes livres sac a dos

Des Routes de la Soie à l’Alpe romantique, partez à la découverte des livres et des écrivains, parcourez le monde, et vérifiez que dans “littérature de voyage” il y a bien le mot “littérature”.

Blaise Cendrars et Jack London, Chateaubriand et Victor Hugo, Ella Maillart et Anne Brunswic, David Fauquemberg et Christophe Cousin sont au sommaire. Et bien d’autres.

Nous vous invitons à rencontrer Lionel Bedin, mardi 7 mai 2013 à 17h au Café Les savons d’Hélène à Strasbourg (entrée libre). Ce premier rendez-vous de La croisée des routes sera l’occasion de porter un coup de projecteur notamment ce passeur de littérature de voyage. Auteur (Un Livre dans le sac à dos, Sur la route bleue co-écrit avec Sylvain Tesson), créateur de sites (www.ecrivains-voyageurs.net et www.laroutebleue.net) et éditeur.

Toujours pour “dire et voir le monde”, il crée en février 2010, à Annecy, une maison d’édition www.livresdumonde.net pour publier les Bouvier, Maillart et Cendrars d’aujourd’hui et de demain… Au moins, dit-il, “pour ne pas regretter de ne pas l’avoir fait…” Au mieux : pour partager le plaisir de la littérature avec un public curieux, ou passionné.

Lors de cette rencontre, Lionel Bedin sera accompagné par Georges Bogey, écrivain, infatigable promeneur dans les Alpes et voyageur immobile curieux des cultures asiatiques.